Avis aux diggers acharnés, aux chercheurs de pépites oubliées et aux esprits libres : lâchez tout ce que vous faites. Si vous pensiez avoir fait le tour des fusions musicales, vous n'êtes clairement pas prêts pour la claque qui vient. Parfois, derrière une pochette qui ne paye pas de mine, se cache un gouffre cosmique total. C'est pile le cas de l'album Fawzi Al Aiedy Amina. Sorti en 1981, ce truc pulvérise les frontières et les genres avec une liberté sauvage. On oublie les mélodies lisses et aseptisées : ici, c'est un manifeste d'avant-garde organique où l'Orient se frotte à l'expérimentation pure.
L'incroyable trajectoire d'un insoumis aux doigts "trop courts"
Pour piger d'où sort cet album, il faut regarder le bonhomme derrière. Originaire d'Irak, Fawzi Al-Aiedy a toujours envoyé valser les lignes toutes tracées. Quand il s'inscrit à l'École des Beaux-Arts de Bagdad, les instances académiques tentent de lui barrer la route du luth (l'oud) sous un prétexte absurde : il aurait les doigts trop courts !
Qu'à cela ne tienne, on lui impose le hautbois. Il s'exécute, mais en profite pour tout gober : la rigueur classique de Bach et de Mozart, la poésie révoltée de Rimbaud ou Verlaine, et les philosophies existentialistes de Sartre.
Une fois débarqué en France, le musicien-voyageur coupe définitivement les amarres. Armé de son oud, de son hautbois, de son cor anglais et d’une zurna prête à tout cramer, il décide de fusionner ses deux mondes. Sans le moindre compromis.
Amina : Le faux disque pour enfants qui cache un monstre de modernité
À sa sortie sur le label Arc-en-ciel / Studio SM (réf. SM 30 1133), le disque est estampillé "chansons et musiques pour enfants". Il décroche même le Prix Loisirs Jeunes en 1982. Mais ne vous faites pas avoir : ranger cet ovni au simple rayon jeunesse est une hérésie totale.
Dès que le saphir touche la cire du vinyle, la chaleur hypnotique de l'oud se retrouve percutée par des arrangements d'une modernité insolente. Des instruments classiques s'entrechoquent avec des bruits industriels et des nappes de synthétiseurs complètement primitives. Un vrai pont de cordes et d'électricité jeté au-dessus des frontières.
Une bande de pirates en studio
Pour accoucher de cette œuvre indomptable, Fawzi a rameuté une sacrée équipe de flibustiers du rythme et de la mélodie :
- Youval Micenmacher : Une section rythmique sauvage qui cogne sans pitié sur la darbouka, le naqqarat, le bendir, le zarb et le grand tambour tunisien.
- Henri Agnel : Qui découpe l'espace sonore à coups de guiterne (une guitare médiévale) et de bendir.
- Sahan Dinanian : Qui amène toute la mélancolie rugueuse et profonde de son violoncelle.
Pour couronner le tout, la pochette intérieure s'habille des calligraphies tranchantes d'Hassan Massoudy, transformant l'objet en une œuvre d'art totale et subversive.
Fiche Technique & Tracklist de l'Album
| Caractéristique / Piste | Détails techniques & Origines |
|---|---|
| Artiste Principal | Fawzi Al-Aiedy (Chant, Oud, Hautbois, Cor Anglais, Zurna) |
| Année de Pressage Original | 1981 (Vinyle 33 tours & Cassette) |
| Réédition CD | 5 mai 1992 (Studio SM / Fnac) |
| Récompense | Prix Loisirs Jeunes 1982 |
| Piste 1 | Ya chauffeur (Palestine, tradition populaire) |
| Piste 2 | Chachalabi (Irak, tradition populaire) |
| Piste 3 | La mariée (Paroles de Guy Jacquet) |
| Piste 4 | Yamma (Berceuse, Algérie, tradition populaire) |
| Piste 5 | Hlayil (Tunisie, tradition populaire) |
| Piste 6 | Conservalunaires (Improvisation vocale pure) |
| Piste 7 | Gahou gahi (Irak, tradition populaire) |
| Piste 8 | Rossignol Toubou (Texte de Khalil Gibran / Palestine) |
| Piste 9 | Djindjil (Irak, tradition populaire) |
| Piste 10 | Laoun el Sahara (Improvisation instrumentale brute) |
| Piste 11 | Dessine au long des murs (Texte de Samih Alkassin) |
| Piste 12 | Autobus No. 11 (Voyage sonore surréaliste) |
| Piste 13 | Khadidja (Maroc, tradition populaire) |
| Piste 14 | Amina (Morceau instrumental éponyme) |
| Piste 15 | La clef (Irak, tradition populaire) |
Ou trouver ses Vinyles
- Rakuten : site pour les collectionneurs.
: LA Marketplace spécialisée.- Foires aux disques : Idéal pour ceux qui préfères toucher du vinyle.
Pourquoi il vous le faut absolument dans les bacs
Ne vous y trompez pas. Dénicher le vinyle ou le CD de Fawzi Al Aiedy Amina, ce n'est pas juste ranger une énième curiosité poussiéreuse dans sa discothèque. C’est détenir un morceau de pure insoumission artistique.
À une époque où la "world music" n'existait même pas encore en tant qu'étiquette commerciale, Fawzi Al-Aiedy jetait déjà les bases d'un folk cosmique arabe, libre de toute chaîne. Un chef-d'œuvre brut, à déshabiller d'urgence oreille après oreille.
Collectionneur passionné de supports musicaux physiques, je traque les pressages rares et l'histoire industrielle du disque depuis plus de 30 ans. Ce blog partage mes expériences pour aider les collectionneurs à développer leur patrimoine musical.


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